Bonus, stock-options, parachutes dorés, indemnités de départ: c'est bien connu, un grand patron ça coûte énormément. Mais en pleine période de crise économique, les rémunérations des présidents des entreprises du CAC 40 n'ont cessé d'alimenter la polémique.

Elles ont pourtant diminué de 20% en 2008, selon le onzième rapport de Proxinvest, cabinet de conseil aux investisseurs, sur "la rémunération des dirigeants des sociétés cotées". Malgré les efforts entrepris, elles manquent encore cependant de transparence et restent souvent excessives et insuffisamment liées à la performance, selon l'étude.


Diminution

L'année dernière, un président exécutif d'une entreprise du CAC 40 a gagné en moyenne au total 3,6 millions d'euros, soit 211 fois le SMIC. Une situation confortable qui a cependant diminué de 20% par rapport à 2007, à échantillon constant.

Selon Proxinvest, l'essentiel de cette baisse s'explique avant tout par la baisse de "la part actionnariale, c'est-à-dire des moindres dotations d'options et d'actions gratuites", avec une diminution notamment de 26% des bonus distribués.


Classement

Cinq entreprises du CAC 40 sont particulièrement généreuses avec leurs dirigeants. Bernard Arnault, à la tête de LVMH, reste le mieux payé en 2008 avec 16,8 millions d'euros. Arnaud Lagardère le suit de près avec 13,3 millions d'euros, devant Henri de Castries (Axa), Franck Riboud (Danone) et Martin Bouygues (Bouygues).

Mais si ces chiffres peuvent donner le tournis, ils ne sont rien à côté de l'argent perçu en 2008 par les patrons des grosses sociétés européennes. Avec 2,3 millions en moyenne de rémunérations salariales, les Français sont loin derrière leurs collègues suisses et espagnols (4,5 millions d'euros), allemands (3,7 millions d'euros) et anglais (3,1 millions d'euros).


Présidents non-exécutifs

La situation s'inverse en revanche pour les salaires des présidents non exécutif. Ils arrivent à la troisième position en Europe, derrière l'Espagne et l'Italie, avec en moyenne 864.225 euros perçus en 2008. Lindsay Owen-Jones de l'Oréal, Jean-François Dehecq de Sanofi-Aventis ou bien encore Yves-Thibault de Silguy de Vinci, ont été les mieux rétribués l'année dernière.

Et pour Proxinvest, ce sont ces rémunérations qui posent aujourd'hui un vrai problème car les contrôles sont quasiment inexistants. Dans la majorité des cas, l'Assemblée générale (AG) des actionnaires n'a pas son mot à dire. Les conseils d'administration de Sanofi-Aventis et de Total ont par exemple refusé une résolution de mise au vote de ces rémunérations par les actionnaires en 2008 et Carrefour en a même retiré une de l'ordre du jour de l'AG.

Un acte "complètement illégal" rappelle le directeur associé de Proxinvest, Charles Pinel, qui milite pour un plus grand contrôle de l'actionnariat sur les salaires des dirigeants non exécutifs.


Transparence et lien avec la performance

Cette préconisation vaut également pour ceux des présidents exécutifs. Même si le rapport reconnaît que le code AFPE-MEDEF, mis en place en octobre 2008, a permis de "revenir à quelque chose de plus raisonnable", de nombreux efforts restent encore à faire.

En particulier sur la transparence de l'ensemble de la rémunération et la mise en œuvre d'un lien clair et quantifiable entre la rétribution et la performance. " Les indemnités de départ, par exemple, sont maintenant souvent limitées à 24 mois de salaire mais elles comprennent des bonus qui sont gonflés l'année du départ alors même qu'on met la personne à la porte ! Ce n'est pas du tout raisonnable", estime Charles Pinel.