C.G.T Saint Gobain Cognac

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Celui qui lutte peut perdre… celui qui ne lutte pas a déjà perdu…(À méditer) Tous ensemble, unis nous sommes plus forts.


Trois tendances fondamentales d'aggravation de la crise au second trimestre 2010

Publié par C.G.T Saint Gobain Cognac sur 28 Mai 2010, 09:03am

Catégories : #Economie


Trois tendances fondamentales d'aggravation de la crise au second trimestre 2010
Pour LEAP/E2020, derrière les discours « sophistiqués » sur la sortie de crise et la fin des politiques de soutien à l'économie et au secteur financier se cache une réalité très simple, mais indicible pour les gouvernements et les banquiers centraux : ils ne savent pas quoi faire ? quand le faire ? comment le faire ? ni s'ils doivent le faire seul ou avec les autres grands acteurs globaux ? En effet, si l'impréparation face au déclenchement de la crise résultait de l'incapacité des dirigeants mondiaux à imaginer qu'elle puisse survenir, depuis plusieurs mois c'est l'incapacité de ces mêmes dirigeants à évaluer correctement la situation réelle de l'économie mondiale et les interactions entre la multitude de mesures exceptionnelles prises partout sur la planète qui les condamne à l'inaction. Et d'ici la fin de ce semestre, cette inaction va tout naturellement laisser la place à de simples réactions aux évènements sociaux, économiques et politiques. Le tout aura lieu dans le désordre le plus complet, renforçant la tendance au chacun pour soi qui est devenue de plus en plus évidente depuis la fin 2009.

Cette situation de paralysie intellectuelle explique pourquoi, depuis des mois, on entend, de réunions de banquiers centraux en sommets du G20, des affirmations péremptoires sur l'inéluctable fin des mesures d'urgence prises en 2008/2009, tout en constatant le maintien de ces mêmes mesures exceptionnelles. Et, comme toujours dans ces cas-là, l'impulsion provoquant la décision sera générée par une réaction à un événement brutal et non pas par une pensée stratégique pro-active soigneusement calculée. Or le refus d'affronter courant 2009 la question centrale de la refonte du système monétaire international (1) crée une situation toujours plus mouvante et brise systématiquement d'éventuelles solidarités entre grands acteurs globaux : priorités divergentes entre zone Euro et zone Dollar, tensions croissantes entre Pékin et Washington sur les questions de la parité Yuan-Dollar, etc… le tout envahissant dorénavant les sphères commerciales et diplomatiques.


Dans ce décor international inquiétant, notre équipe a donc choisi d'anticiper dans ce GEAB N°42 les évolutions de trois tendances dont nous pensons qu'elles vont contribuer à une aggravation brutale de la crise au second trimestre 2010, à savoir :


. l'explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d'Etats


. la collision fatale du système bancaire occidental avec la montée des défauts de paiement et le mur des dettes arrivant à maturité


. l'inéluctable remontée des taux d'intérêts.

L'explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d'Etats

Ces trois tendances sont fortement corrélées puisqu’elles reposent in fine toutes les trois sur une même réalité : les besoins de financement de court terme du système bancaire mondial et des Etats occidentaux sont désormais très largement supérieurs à l'épargne disponible. On assiste actuellement au début d'une grande vague de remboursement et/ou de refinancement des prêts accordés en fin de période pré-crise (2005/2007), c'est-à-dire de prêts effectués au cours de cette période d'irresponsabilité financière complète, notamment pour des activités dont la rentabilité s'est effondrée du fait de la crise ou dont la valeur affichée des contreparties devient chaque jour plus irréaliste. Dit en termes très simples, on entre dans la période de l' « addition » pour tous ceux (LBO (2), investisseurs dans l'immobilier commercial, prêts aux Etats, régions, villes peu solvables, etc…) qui ont cru qu'on rasait gratis (« free lunch ») dans les années 2005-2007. Or, le contexte de crise économique durable crée la pire situation possible pour de telles opérations de remboursement ou de refinancement :

. d'une part, la crise a fait s'effondrer la rentabilité moyenne de pratiquement toutes les opérations économiques (quand elles ont réussi à ne pas sombrer dans la faillite), rentabilité qui se situe désormais autour de 2% à 5% plutôt qu'au-dessus de 10% comme le supposait la plupart des opérations financières effectuées dans les années 2005-2007.


. d'autre part, la compétition pour accéder au financement est devenue, toujours du fait de la crise, une véritable foire d'empoigne où sont en compétition les ménages, les entreprises et les opérateurs financiers (ce qui est classique), mais aussi les Etats (et les collectivités locales) et les banques elles-mêmes. Comme LEAP/E2020 l'a anticipé depuis plus de deux ans, la crise provoquant la disparition d'environ 30.000 milliards d' « actifs-fantômes », l'année 2010 ouvre le « bal des maudits » où, pour rembourser ou refinancer sa dette, chaque ménage, chaque entreprise, chaque collectivité, chaque établissement financier, chaque Etat va désespérément chercher des ressources ou des profits qu'il n'a plus (du fait de pertes d'emploi, de baisse des profits, de baisse des recettes fiscales ou de hausse des dépenses liées à la crise), ou bien tenter d'accéder à un nouveau crédit au moment où l'offre de crédit reste limitée alors même qu'une multitude d'opérateurs la sollicite.


Trois tendances fondamentales d'aggravation de la crise au second trimestre 2010

L'un des exemples les plus frappants de cette situation est sans conteste l'effet d'éviction que provoque l'immense besoin de financement public américain : en interne, entreprises et ménages sont marginalisés face aux besoins croissants de crédit de l'état américain ; et en externe, les pays les plus faibles financièrement se retrouvent exclus de cet accès au crédit ou bien à devoir payer des surcoûts financiers énormes quand ils ne doivent pas demander tout simplement de l'aide (3).

Sur ce dernier point, l'année 2010 va d'ailleurs offrir un cas étonnant de montée en puissance du concept de dette souveraine à risque : tout a commencé par l'Islande en 2008, puis on est passé à la Lettonie (4), l'Irlande, la Californie et Dubaï en 2009 et maintenant la Grèce. Le Portugal et l'Espagne passeront la barre aisément puisque la zone Euro teste actuellement l'invention de sa méthode de soutien aux pays en difficulté de crédit avec le cas de la Grèce et que ces deux pays constituent des risques annoncés et gérables par l'Euroland. Ensuite, le processus trouve sur son chemin le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis : les trois risques que le système dominant refuse de reconnaître et pour lesquels il n'a pas vraiment de solution possible puisqu'il s'agit du pilier du système et de ses deux soutènements (5).


Pour cause d'élections en Mai prochain, le cas du Royaume-Uni est actuellement placé sous embargo par la presse internationale qui utilise le cas grec pour faire diversion. Pourtant, comme indiqué précédemment, la situation financière du Royaume-Uni continue à se dégrader, d'autant plus que pour des raisons électorales le projet de budget comme les décisions de la Banque d'Angleterre visent à masquer provisoirement la montée des problèmes : côté gouvernement, on a un projet de budget incohérent avec les besoins de coupes sombres pour au moins cinq années et probablement une décennie d'austérité budgétaire radicale ; côté banque centrale, on annonce une suspension du « quantitative easing », c'est-à-dire de la « planche à billets », en sachant pertinemment que personne n'achète plus les Gilts (bons du trésor britannique) si ce n'est la Banque d'Angleterre. Mais tout cela, appuyé par une campagne médiatique décrivant une zone Euro plongée dans la tourmente, permet de faire croire à l'électeur britannique moyen que grâce à leur clairvoyance les dirigeants du Royaume ont permis à leur peuple d'éviter les écueils sur lesquels se fracassent les pays du continent (et de masquer par exemple le fait que le système bancaire britannique n'est plus classé par Standard & Poor's parmi les plus sûrs du monde (6)). En politique britannique, c'est une méthode qui est en effet généralement gagnante ; mais dans le monde réel, c'est l'assurance d'une forte crise juste après les élections, lors du « réajustement à la réalité ». Et notre équipe s'interroge d'ailleurs sur la capacité des autorités britanniques à maintenir cette fiction jusqu'à l'élection elle-même. Nous gardons en effet en mémoire (7) l'incapacité du parti républicain, alors au pouvoir aux Etats-Unis, à empêcher l'explosion de la crise de Wall Street avant les dernières élections présidentielles.


Aux-Etats-Unis, on est aussi dans le cas de figure d'une année électorale et on constate également une déconnexion croissante entre le discours (et les statistiques) et la réalité. Si on prend le seul indicateur des achats de bons du Trésor US, on trouve d'un côté un gouvernement fédéral et une Fed qui expliquent qu'ils se vendent comme des « petits pains » (8) alors que les besoins ne cessent de croître du fait des déficits toujours plus importants ; et de l'autre (comme indiqué précédemment), le principal acheteur des Bons du Trésor US de ces dernières années (la Chine) qui a stabilisé ses achats et a même entrepris de faire baisser son stock de titres américains (9). Sachant que les ménages américains n'ont pas d'épargne et que les déficits en tout genre plombent les grands pays de la planète que l’on voit mal de ce fait pallier les achats chinois, il ne reste que deux solutions :



. Tim Geithner multiplie les ventes de T-Bonds comme Jésus multipliait les « petits pains »


. Ben Bernanke, et la Fed, raconte n'importe quoi et achète désormais l'essentiel des Bons du Trésor US via les primary dealers et autres partenaires financiers en utilisant différents circuits opaques (et off-shore (10)) comme les îles Cayman, les îles anglo-normandes, Hong-Kong, …


L'équipe de LEAP/E2020 a plutôt tendance à croire la seconde hypothèse et donc à anticiper une aggravation radicale des tensions entre Washington et Pékin dans les prochains mois (11) : en effet, c'est exactement ce que les Etats-Unis s'étaient engagés à ne pas faire vis-à-vis des Chinois, très inquiets du risque croissant de perte de valeur de leurs actifs libellés en Dollars US. En y ajoutant la vente d'armement à Taiwan, la rencontre avec le Dalaï-Lama, les conflits commerciaux et l'Iran, nous considérons que le second trimestre 2010 va être propice à un début de règlement de compte entre Washington et Pékin, qui ne pourra que renforcer l'aggravation de la crise.


En ce qui concerne le Japon, le cours des évènements se confirme en matière géopolitique : Tokyo navigue de plus en plus de concert avec Pékin, ce qui ne peut qu'entraîner un affaiblissement rapide de la position du Dollar et des actifs libellés en Dollar du fait du rôle-clé du Japon en matière de réserves en Dollars. Les sujets de conflit avec Washington se multiplient : outre la question des bases militaires US au Japon, on trouve désormais la polémique sur les traités secrets liant Japon et Etats-Unis au cours de la Guerre froide. Et en matière commerciale, Tokyo accuse Washington d'utiliser les problèmes de Toyota pour jeter le doute sur la qualité de l'ensemble des produits japonais. Mais au-delà des relations nippo-américaines, le Japon est entré dans une période très difficile en matière économique et financière puisqu'il est à la fois la proie de problèmes et de grands doutes sur son modèle économique de ces dernières deux décennies et qu'il doit faire face aux premières grandes interrogations sur le financement à terme de sa gigantesque dette publique : même Tokyo va devoir se battre pour financer ses déficits, phénomène tout-à-fait nouveau pour le Japon.


En résumé, Etats-Unis, zone Euro, Royaume-Uni, Japon et Chine vont voir leurs rêves de croissance réduits à néant dès le second trimestre 2010.


Evolution du nombre de fermetures de banques américaines et de la perte cumulée (2007-2010) (en bleu : fermetures ; en rouge : pertes en milliards USD) - Source : Faillitesbancaires-overblog / FDIC

Evolution du nombre de fermetures de banques américaines et de la perte cumulée (2007-2010) (en bleu : fermetures ; en rouge : pertes en milliards USD) - Source : Faillitesbancaires-overblog / FDIC

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Notes:

(1) Pour remplacer le système actuel fondé sur le Dollar US par un système basé sur une devise internationale conçue à partir d'un panier des grandes monnaies mondiales (voir GEAB précédents).


(2) Pour les seuls Etats-Unis, Moodys estime à près de 1.400 milliards USD le montant des LBO qui vont avoir de grandes difficultés à se refinancer. Source :
CNBC, 02/02/2010

(3) Source :
Bloomberg, 27/01/2010

(4) Et du fait des pays baltes, le système bancaire suédois reste très fragile. Source :
Swedishwire, 19/01/2010

(5) La société Aon, spécialisée dans le risque-pays ,estime désormais à 18 le nombre de pays à risque en matière économique et financière et juge les problèmes de dettes souveraines particulièrement inquiétants en 2010. Source :
Business Insurance, 27/01/2010

(6) Source :
Reuters, 28/01/2010

(7) Et pour cause, puisque notre erreur d'appréciation sur cette question, nous avait conduit à nous tromper complètement sur le résultat de l'élection présidentielle de 2008.


(8) Le jour où ils diront le contraire, le Dollar aura perdu 80% de sa valeur.


(9) Comme anticipé par LEAP/E2020, la Chine a bien entrepris de se dégager du Dollar et des actifs libellés en Dollar courant 2009.


(10) Ou bien peut-être essaie-t-il de les faire acheter par les Sicav monétaires américaines puisqu'il est en pleine discussion avec leurs gérants pour « éponger » les liquidités offertes ces derniers mois, et car les « primary dealers » ne seraient pas capables (ou plus volontaires ?) pour effectuer la chose. Source :
Bloomberg, 11/02/2010

(11) Source :
New York Times, 26/01/2010


Jeudi 27 Mai 2010
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