C.G.T Saint Gobain Cognac

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Celui qui lutte peut perdre… celui qui ne lutte pas a déjà perdu…(À méditer) Tous ensemble, unis nous sommes plus forts.


J'ai envie que mon pays réussisse

Publié par C.G.T Saint Gobain Cognac sur 27 Juin 2012, 08:01am

Catégories : #Actualité Saint Gobain

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«La relance par la consommation est illusoire»

 

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INTERVIEW - Pour Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain et membre du Cercle de l'industrie, le redressement de la compétitivité de la France impose une baisse du coût du travail.

LE FIGARO. - Plans sociaux, baisse des marges, carnets de commandes qui se vident… Les entreprises sont-elles confrontées à une crise aussi violente que fin 2008?

 

Pierre-André DE CHALENDAR. - Nous ne sommes pas dans une conjoncture aussi mauvaise que lors de la chute de Lehman Brothers. La situation est grave en Espagne et en Italie ; ailleurs en Europe, l'économie réelle a ralenti seulement depuis quelques semaines. Mais nous risquons une contagion rapide car la crise de la zone euro est entrée dans une phase aiguë. Les écarts de taux d'intérêt d'un État à l'autre ne sont pas tenables. Une réponse politique est indispensable, un saut quantique pour l'Europe, qui doit renforcer ses mécanismes de coopération sur les plans budgétaire et financier. Cela doit aller de pair avec une confiance accrue dans les institutions communautaires. Tout cela nécessite un accord franco-allemand, sur lequel je veux être confiant. Pour faire ce saut, l'Allemagne nous tend la main, il faut la prendre.

 

Quelle est, selon vous, la menace la plus lourde pour l'économie française?

 

Le principal problème de la France, c'est le déficit du commerce extérieur. Nous consommons plus que nous produisons. Aucun ménage ne peut durablement dépenser plus qu'il ne gagne. C'est la même chose pour la France. La relance par la consommation est une illusion totale que nous ne pouvons plus nous permettre. Nous aimons les iPad, fabriqués à l'étranger? Si nous voulons continuer à en acheter, il faut les financer par des exportations! Or les exportations, c'est largement l'industrie. En dix ans, l'industrie française s'est beaucoup dégradée. Il est frappant de voir à quel point elle a décroché, perdu des parts de marché, notamment par rapport à l'Allemagne. Il est urgent d'agir et d'améliorer notre compétitivité. Toutes les mesures de politique économique doivent être prises à cette aune. Au Cercle de l'industrie, nous plaidons pour un choc de compétitivité en allégeant le coût du travail. Quitte à ce qu'il bénéficie prioritairement aux secteurs les plus exposés à la concurrence de nos voisins, comme l'industrie automobile. Pour le reste, j'ai entendu pendant la campagne électorale ce débat sur la compétitivité «coût» ou «hors coût». Les deux aspects sont évidemment capitaux et pas exclusifs. Il faut notamment soutenir l'innovation - c'est pour cela que nous devons conserver l'atout que constitue le crédit impôt recherche, que même les entreprises allemandes nous envient.

 

Hausse des cotisations retraites, annulation de la TVA «antidélocalisation», coup de pouce au smic: les premières décisions du nouveau gouvernement alourdissent justement le coût du travail…

 

Elles ne vont pas dans le bon sens. Mais il est encore trop tôt pour juger l'action du gouvernement, nous n'avons que quelques mesures, pas une vision d'ensemble.

 

Faut-il favoriser les petites entreprises?

 

Les grandes entreprises sont censées pouvoir supporter plus de prélèvements parce qu'elles gagnent de l'argent. Mais elles gagnent une grande partie de cet argent à l'étranger! Opposer petites et grandes entreprises n'est pas le sujet, d'autant qu'elles sont très souvent interdépendantes: appauvrir les unes a des répercussions sur les autres. La vraie question, c'est la compétitivité du site France, quelle que soit la taille des entreprises.

 

N'est-il pas vain de vouloir courir derrière les Chinois ou les Indiens en matière de coût du travail?

 

Le sujet se situe à l'intérieur de l'Europe, pas avec ces pays! La crise de l'euro est d'ailleurs à mon sens davantage une crise de divergence des économies qu'une crise de la dette. La détérioration de notre commerce extérieur nous différencie non seulement de l'Allemagne, mais aussi de l'Italie ou de l'Espagne qui ont commencé à redresser les leurs. Cette situation est très largement imputable à l'évolution du coût du travail. En une décennie, nous avons connu une divergence de 15 points avec l'Allemagne sur le coût du travail. Dans les usines de Saint-Gobain, par exemple, il était inférieur de 10 points en France, il est maintenant supérieur de 5 points. Pour nombre d'entreprises, avec un coût du travail plus élevé, soit on ne vend plus, soit on doit se contenter de faibles marges, ce qui empêche d'investir, de recruter…

 

Les salaires sont donc trop élevés?

 

Ce n'est pas un problème de salaires mais de cotisations sur les salaires. Beaucoup des charges ne relèvent pas du travail et méritent d'être transférées hors de l'entreprise. Est-ce aux entreprises de financer, par exemple, la politique familiale?


 

«Opposer petites et grandes entreprises n'est pas le sujet, d'autant qu'elles sont très souvent interdépendantes: appauvrir les unes a des répercussions sur les autres.»
«Opposer petites et grandes entreprises n'est pas le sujet, d'autant qu'elles sont très souvent interdépendantes: appauvrir les unes a des répercussions sur les autres.» Crédits photo : Albert Facelly pour Le Figaro/Albert Facelly pour Le Figaro

 

Sur qui reporter le financement de ces cotisations?

 

La consommation est moins taxée en moyenne en France qu'en Europe. C'est une option à étudier. Je pense que nous devons passer à un modèle qui favorise la production plutôt que la consommation. Or, ce n'est pas la direction que nous prenons.

 

La future tranche d'impôt à 75 %, sur les revenus supérieurs à 1 million d'euros, est très populaire mais décriée dans les milieux patronaux. Les entreprises sont-elles imperméables à l'idée de «justice sociale»?

 

Il est normal que tout le monde fasse des efforts dans une période difficile. Mais appliquer un tel taux, c'est pénaliser fortement - pour ne pas dire confisquer - la création de richesse, ce qui me paraît peu compatible avec l'idée de «redressement productif». Surtout, c'est une décision qui va une nouvelle fois nous éloigner des pratiques de nos voisins. En France, cela sera un frein pour internationaliser les équipes dirigeantes des grandes entreprises et localiser chez nous les activités à forte valeur ajoutée.

 

Les bénéfices distribués vont subir un prélèvement de 3 %. Est-il absurde économiquement de les taxer davantage que les bénéfices réinvestis dans l'entreprise?

 

Les entreprises ont besoin d'actionnaires. Or, le renforcement de la régulation du secteur financier ces dernières années a réduit la base actionnariale en France. Mieux vaudrait créer un contexte favorable pour orienter l'épargne vers les entreprises.

 

Les «grands patrons» s'expriment peu sur la politique économique et sociale française. Est-ce par frilosité ou parce que la France est devenue un territoire négligeable à l'échelle de leur groupe?

 

On peut agir sans être obligé de le faire en public! Et nous ne sommes pas restés muets pendant la campagne - voyez par exemple le colloque que l'Afep, qui fédère les grands groupes, a organisé sur le thème de la compétitivité et où les principaux candidats sont venus. Concernant l'importance de la France pour une multinationale, je vous assure qu'une entreprise peut être internationale mais vient toujours de quelque part. Saint-Gobain est une entreprise française, enracinée en France, dirigée de France, on ne peut pas se désintéresser de ce qui se passe dans notre pays. J'ai envie que mon pays réussisse! Nous y avons 50 000 salariés, nous y réalisons plus de 25 % de notre chiffre d'affaires, nous y avons implanté de nouvelles usines en pleine crise en 2009 grâce au Grenelle de l'environnement. Ce qui est important, c'est que des entreprises - grands groupes ou PME - puissent garder ou implanter des activités en France pour exporter dans le monde entier. Et ça, aujourd'hui, c'est difficile. Pas impossible, mais difficile. C'est ce à quoi il faut s'attaquer.

 



«Il serait dommage de se priver de l'atout compétitivité que nous donne le nucléaire»

 

 

«Les responsables européens doivent prendre garde à ne pas se soumettre seuls à des engagements contraignants.»
«Les responsables européens doivent prendre garde à ne pas se soumettre seuls à des engagements contraignants.» Crédits photo : Albert Facelly pour Le Figaro/Albert Facelly pour Le Figaro

 

LE FIGARO.- Que pensez-vous du projet du président de la République de réduire de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici à 2025?

 

Pierre-André DE CHALENDAR. - Avec le nucléaire, la France a un véritable atout en matière de compétitivité: notre électricité est moins chère que celle de nos voisins. Il serait dommage de s'en priver. Surtout quand l'Allemagne va enregistrer le renchérissement du coût de l'énergie avec l'abandon du nucléaire. Mais ce qu'a indiqué le président de la République ne me paraît pas de nature à remettre en question pour l'instant cette situation.

 

Comment expliquez-vous le résultat décevant du sommet de Rio sur l'environnement?

 

Les États ont du mal à se soumettre à une discipline collective qui rogne leur souveraineté. Cela ne les empêche pas de faire des efforts. Je suis frappé de voir que le plan quinquennal chinois met beaucoup l'accent sur les problèmes environnementaux, même si la Chine part de loin.

Les responsables européens, eux, doivent prendre garde à ne pas se soumettre seuls à des engagements contraignants qui ne feraient que déplacer les activités polluantes ailleurs sur la planète.

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