C.G.T Saint Gobain Cognac

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Celui qui lutte peut perdre… celui qui ne lutte pas a déjà perdu…(À méditer) Tous ensemble, unis nous sommes plus forts.


Ce n’est plus un problème d’argent…

Publié par C.G.T Saint Gobain Cognac sur 3 Mars 2011, 07:36am

Catégories : #Actualité Saint Gobain

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«Ce n’est plus un problème d’argent… Les gens sont usés»

«Si je ne pars pas maintenant, je vais devoir partir à 62 ans. Et je ne me vois pas monter sur les machines à cet âge. L’été, il y fait 85 °C et le bruit est infernal.» Christian Cossart est mécanicien dans la verrerie de Vauxrot, près de Soissons (Aisne). Il travaille en équipe depuis trente et un ans. Son employeur, Verallia, filiale du numéro 1 mondial des matériaux de construction, Saint-Gobain, lui propose de partir en préretraite dans un an, à 56 ans, avec une prime de licenciement. Au moins 30 000 euros. Il touchera 65% de son salaire brut pendant six ans, jusqu’à sa retraite : «Une chance, dit-il. La vie d’équipe, c’est dur.» En 5 x 8, il alterne les prises de poste à 4, 12 ou 20 heures. «On ne mange jamais à la même heure, on n’est jamais réglé. Le dimanche en été, quand je vois mon voisin qui allume un barbecue ou ma femme à la maison alors que je pars travailler, je me rends compte que c’est un sacrifice.»

 

Amiante. Mécanicien graisseur, comme son père, Francis Lachevre va aussi partir. Il est dispensé de port de charges depuis qu’il a été opéré d’une hernie discale en 2007 et qu’on lui a vissé une plaque rigide entre les vertèbres. «J’ai aussi des problèmes d’audition. Le port de bouchons d’oreille n’a pas toujours été obligatoire.» Francis ne peut plus travailler à proximité des machines, à cause de la chaleur. Il y a trois ans, Saint-Gobain lui a fait passer une radiographie qui a révélé «des trous dans les poumons». Francis n’a pas cherché à savoir si cela provenait de l’amiante qui a recouvert pendant des années les pinces, les tabliers, les chaussures, les fours de l’usine. En revanche, il a arrêté de fumer. Et attend les beaux jours de son inactivité pour «aller à la pêche, voyager avec [sa] femme, chouchouter les petits-enfants».

 

Francis Jacques, 54 ans, ajusteur dans l’atelier moulerie, a calculé qu’en préretraite, il ne toucherait plus que 1 700 euros nets par mois, contre 2 400 euros aujourd’hui. «Mais ce n’est plus un problème d’argent, assure Alain Destrain, délégué central CGT de Verallia. Les gens sont usés.» Francis a des douleurs entre les omoplates, des lumbagos. Dans son atelier, «quand la sableuse est en marche, le bruit atteint 85 décibels». Il souffre d’ailleurs depuis peu d’un acouphène et laisse la télé allumée certains soirs pour s’endormir. Il prendra le plan social.

 

La verrerie de Vauxrot meurt à petit feu, à mesure que ses ouvriers la quittent. Ils ont été jusqu’à 1 300 dans les années 70. Au terme du plan social actuel, qui prévoit 93 suppressions de postes dont 41 cessations anticipées d’activité, il n’y aura plus que 148 personnes à Vauxrot. Quelques vestiges du passé rappellent que pendant près de deux siècles, l’usine a été la fierté du Soissonnais. Propriété de la famille Deviolaine, elle a fait son succès dans la production de bouteilles de champagne pour les plus grandes maisons, comme Moët et Chandon ou Veuve Clicquot, avant d’être rachetée par Saint-Gobain à la fin des années 30. Aujourd’hui, elle est spécialisée dans les bouteilles de Cointreau, de Grand Marnier, de whisky William Peel et de vin.

 

Générationnel. La grande tour surmontée d’une grande horloge et d’une cloche, où jadis était établie la direction, renvoie au temps où les souffleurs étaient sonnés lorsque le verre était chaud. Il reste aussi une partie de la cité où vivaient les verriers et leurs familles : un long bâtiment en brique rouge et pierre de taille, surmonté de greniers. A l’époque, les ouvriers allaient aux bains publics ; des latrines communes avaient été construites dans la cour. Bernard Barillé, ouvrier contrôleur, est né ici : «C’est un peu ma maison. Mon grand-père et mon père y ont travaillé. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de quatre ans. L’hiver, ma mère nous mettait des briques chaudes enveloppées sous les pieds pour qu’on se réchauffe.»

 

Le passage de relais générationnel est révolu. Les immenses parcs de stockage du site se vident. On n’aperçoit plus que deux cheminées des fours à verre. Une seule fonctionne encore. Les effectifs du site se réduisent depuis 1978. «Il n’y a eu que des mesures d’âge, dit Alain Destrain. Tant que l’Etat finançait ces dispositifs, Saint-Gobain les a toujours utilisés.» Depuis que les pouvoirs publics se sont retirés, le groupe en est déjà à son deuxième plan social, avec dispositif de préretraites maison. Les syndicats voudraient négocier «un accord formel sur la pénibilité». Et s’inquiètent du sort de ceux qui restent. Si les conditions physiques se sont améliorées, le stress et la charge de travail augmentent avec la fonte des effectifs.

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