C.G.T Saint Gobain Cognac

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A l'Elysée, un cabinet manipulateur de... sondages?

Publié par Gérald Andrieu sur 17 Juillet 2009, 14:01pm

Catégories : #Actualité

La Cour des comptes s’intéressait pour la première fois aux dépenses de l’Elysée. Son rapport révèle l’étrange contrat passé par la Présidence avec un mystérieux cabinet d'études...



(dessin : Louise Angelergues)


Depuis Louis XVI, jamais chef d’Etat français n’avait vu ses dépenses contrôlées. Mais c’en est fini :
la Cour des comptes vient de mettre son nez dans celles de Nicolas Sarkozy pour l’année 2008 et a rendu ses conclusions hier midi (document téléchargeable en fin d'article). De révélations fracassantes, il n’y en eut pas, du moins en apparence. Bien sûr, l’institution présidée par Philippe Séguin a mis en lumière quelques « erreurs » et « maladresses » (sic) qui ont conduit des « dépenses de nature privée » a être «réglées par les services de la Présidence». Mais que chacun se rassure : le président s’est engagé à rembourser à l’Etat 14 000 euros.

Plus intéressant et surtout plus révélateur des mœurs élyséennes sous l’ère Sarkozy, la 4e chambre de la Cour des comptes chargée de l’épluchage des factures a découvert une « convention » signée entre un cabinet d’études et la Présidence de la République qui, selon l’expression de son président Alain Pichon, « ne préservait pas bien les intérêts de la Présidence ». Heureusement, le rapport se fait plus précis. Cette convention, dont le coût avoisinerait les « 1,5 million d’euros », a été signé en dépit du code des marchés publics.

Dans son rapport, la Cour livre un passage très instructif de cette convention qui, il faut le noter, tient sur « une seule page » (!) : « [Le cabinet] sera chargé de juger de l’opportunité, dans le temps et dans les thèmes, des sondages ou études d’opinion dont il confiera l’exécution aux instituts spécialisés de son choix, sur la base d’une facturation ponctuelle incluant la rémunération par [le cabinet] de ses sous-traitants techniques. » Autrement dit, poursuit le rapport, « ce cabinet disposait d’une totale liberté d’appréciation, ce qui, a contrario signifiait que la Présidence n’avait ni la maîtrise ni le contrôle tant de l’engagement que du montant des dépenses correspondant à ce contrat. » Et d’ajouter : « Aucun bon n’était émis. La Présidence recevait l’étude accompagnée d’une facture indiquant le titre du sondage et sa date de réalisation, sans aucun autre élément permettant d’attester de la réalité du service fait et de son coût réel. »


392 000 euros pour des infos qui en valent à peine 30 !

Et lorsque les collaborateurs de Philippe Séguin se penchent sur les prestations du fameux cabinet, l'affaire devient encore plus intéressante : « Ce cabinet est un des clients du “Politoscope”, enquête grand public “omnibus” réalisée par l’institut OpinionWay, dont les résultats sont publiés par Le Figaro et LCI. En dépit des 392 288 euros facturés par ce cabinet à la Présidence pour la participation à ces enquêtes réalisées à un rythme bimensuel, la comparaison des résultats publiés dans la presse et de ceux remis à la présidence ne faisait pas apparaître de différences. On pouvait, dès lors, s’interroger sur l’utilité de ces dépenses », conclut le rapport.  C’est vrai, on peut s’interroger. On peut aussi recommander au staff de Nicolas Sarkozy de lui acheter Le Figaro deux fois par mois. Coût de l’opération : 31,20 euros par an. Economie réalisée : 392 256,80 euros !

Mais la vraie question est ailleurs. Et elle n'est pas de nature financière. « Sur les 35 études diverses facturées en 2008, au moins 15 d’entre elles avaient également fait l’objet de publications dans la presse. Pour un nombre très limité d’entre elles, la version remise à l’Elysée contenait des thèmes ne figurant pas dans la version grand public. Pour les autres études, le document remis à la Présidence était identique à celui publié par des organes de presse et conduisait donc à remettre également en doute l’intérêt de telles commandes ».
Ici, la pratique du cabinet et de(s) l'institut(s) qu'il fait travailler pose plusieurs problèmes d'ordre politique et déontologique :

1) Quelle est la nécessité pour l'Elysée, qui dispose de tout un staff de professionnels de la communication de passer par un « cabinet intermédiaire », qui, en position de donneur d'ordres, a tout loisir d'orienter les études de façon à les rendre les plus utiles possibles pour le pouvoir et, dès lors, de fausser le jeu démocratique ?

2) Comment un institut de sondage peut-il accepter de voir certaines questions rendues publiques tandis que d'autres ne le sont pas, si ce n'est, là encore, pour favoriser un dessein politique ? « Normalement, une enquête est soit totalement publique, soit pas du tout, c'est le client qui choisit. Mais on ne peut pas publier certaines questions et pas d'autres. Il y a là un problème de déontologie », estime un vieux routier du secteur. On se souvient d'ailleurs que,
en septembre 2006, lorsque la direction de la rédaction de la Tribune avait sucré une question dont les résultats étaient favorables à Ségolène Royal, l'Institut CSA, qui avait réalisé l'étude, avait publié la question manquante sur son site.

3) Enfin, le Figaro et LCI ont publié ces études sans mentionner le bailleur de fond, en l'occurence l'Elysée. C'eut pourtant été plus clair...  

Même si « les services de la Présidence de la République indiquent que les relations contractuelles avec ce cabinet viennent d’être modifiées dans le sens préconisé par la Cour », il reste à savoir qui est ce petit malin dont personne ne prononce le nom, ni du côté de la Cour des comptes, ni du côté de l'Elysée, ni même du côté d'un de ses fournisseurs en sondages. 
 
Rien ne le prouve tout à fait formellement, mais il pourrait bien s’agir de Patrick Buisson, conseiller ès sondages de Nicolas Sarkozy, comme nous l'a confirmé un bon connaisseur de ces marchés de l'opinion.  Contacté par Marianne par téléphone, ce dernier est resté aux abonnés absents. Pourquoi penser qu'il s'agit de lui ? Cet homme a la confiance du Président. Il lui est même très « cher ». Ce n'est pas Marianne qui le prétend, mais Nicolas Sarkozy en personne lorsque,
en septembre 2007, dans les salons de l’Elysée, au moment de lui remettre la légion d’honneur,  le chef de l'Etat se laisse aller à une bien élogieuse confidence : « C'est à Patrick que je dois d'avoir été élu » ! Et le Président serait bien bête de se passer de ses services pour l'élection suivante qu'il évoque si souvent auprès de ses proches : ne dit-on pas qu'on ne change pas une équipe qui gagne ? Arrêt sur Images mentionne le cabinet de Pierre Giacometti. Il est exact que ce dernier conseille l'Elysée et ne s'en cache pas. En revanche, il nie depuis la création de son cabinet toute approche qui en ferait un intermédiaire entre le client — l'Elysée en l'occurrence — et les sondeurs.

Comment expliquer la reconnaissance portée par notre président à ce discret consultant ? A l’origine, Patrick Buisson est journaliste. Il était jusqu'il y a peu dirigeant d'une société de conseil, Publifact, et est 
directeur général de la chaîne Histoire, filiale de TF1, après être passé par LCI, Valeurs actuelles et Le Figaro. Mais il a dirigé par le passé des titres un poil moins « politiquement correct  » comme Le Crapouillot et Minute. Nicolas Sarkozy en a fait l'un de ses consultants les plus écoutés après sa prédiction, exacte, de la victoire du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen et ce, dès l’automne 2004. C’est lui, aussi, qui l’a convaincu que la bataille de la présidentielle se gagnerait à droite, en siphonnant les voix de Le Pen, et non au centre de l'échiquier politique comme le croyaient Alain Duhamel et les autres. C’est ce qui s’appelle avoir du nez. Et ça, ça n’a peut-être pas de prix. Surtout en prévision de l'élection de 2012...


Retrouvez les dessins de Louise Angelergues sur ses blogs : ici et là.

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